LE DÉFI "BÉBÉS À GOGO"
(Chapitre 1)


Ce matin, j'ai abordé le sujet avec Alberto de trouver un boulot au plus vite. Bien sûr, il est d'accord et me dit qu'il se cherchera un emploi après notre petit déjeuner. Je lui ai fait la remarque qu'il aura sûrement plus de chance en allant en ville, le quartier reste tout de même assez désertique pour le moment. La bonne odeur de pâtisserie fourrée m'avait mis l'eau à la bouche à mon réveil, même si mon cher et tendre époux m'avait avoué avoir brûlé les pâtisseries à sa première tentative. Il est charmant et attentionné d'avoir voulu préparer le petit déjeuner pour mon réveil.



Tout en mangeant de bon appétit, nous poursuivons gaiement notre conversation. Après le repas, Alberto va chercher le journal afin d'éplucher les petites annonces en espérant dénicher un bon emploi. Il le trouve rapidement, mais je ne suis pas d'accord sur son choix: il travaillera dans la pègre. Le salaire de départ n'est pas à négliger 196$ par jour, et il m'assure qu'il gravira rapidement les échelons. Il ne m'étonne pas: c'est un ambitieux, et tout ce qu'il voudra avoir, il s'arragera pour l'obtenir. J'espère simplement qu'il ne fera pas de bêtises. Ce métier n'est pas pour me rassurer.



En attendant l'arrivée de son transport pour son boulot, et n'ayant aucun autre moyen de nous divertir, Alberto me propose de jouer au footbag, ce que j'accepte avec plaisir. Le temps passe vite quand on s'amuse! Un bruit de klaxon de voiture retentit bientôt: c'est le transport pour Alberto. Il part enfin pour sa première journée de travail: un peu d'argent ne sera pas superlfu.



De mon côté, je ne me tourne pas les pouces. Je commence par faire le ménage, puis je fais les mots croisés dans le journal et enfin je me cherche un boulot moi aussi. Je n'ai pas du tout le goût que mon époux me fasse vivre. J'ai suivi des études universitaires, j'espère que je n'aurais pas mis tous ces efforts pour avoir mon diplôme et que cela ne me serve jamais.


Alberto revient du boulot: il a reçu une promotion! Et du même coup, cela lui donne une prime! J'en suis très heureuse! Il en est tout enorgueilli mon cher homme. Seule petite ombre au tableau: il devra travailler son physique. Alberto n'est pas un homme à faire de l'exercice, il se trouve bien comme il est, mais s'il veut gravir les échelons dans ce métier, il devra s'y faire ou changer de branche. Bien sûr, ambitieux comme il est, il ne baissera pas les bras alors que tout a si bien été aujourd'hui.



Avec l'argent reçu de la paie et la prime d'Alberto, nous nous empressons de décorer plus chaleureusement la maison, et d'ajouter une bibliothèque et deux fauteuils. Alberto m'a laissé décorer comme je le voulais, et je me suis empressée de mettre des couleurs que j'aime et qui font en sorte que l'on se sent bien chez soi. J'en ai même profité pour changer la douillette de notre lit.


Alberto me chante l'amour comme seul un Italien sait si bien le faire... curieusement, je me méfie. Pourtant, je l'aime, c'est indéniable, mais il me semble tout à coup si empressé que je me pose de sérieuses questions. Calmement, il me raconte quelque chose qui m'étonne énormément et dont je ne suis pas sûre que je comprends vraiment ce qu'il en est.

_ Quoi? Tu veux relever un défi lancé par ton père! m'écriais-je. Et moi là dedans? Je ne serais bonne que pour être une mère nourricière? Je ne veux pas de ça, Alberto Alonsi! Je veux travailler, pas passer mes journées à la maison à m'occuper d'une ribambelle d'enfants!

Alberto est tellement malheureux de mon emportement que j'en suis tout à coup attristée. Je ne voulais pas faire d'éclat, mais cette idée saugrenue ne me plaît pas du tout. Patiemment, Alberto m'explique son point de vue sur ce défi lancé par son père, et je finis par mieux comprendre ce que cela représente pour lui... mais quinze enfants!! C'est un contrat à vie! je ne pourrais avoir le temps de travailler à l'extérieur de la maison. Je n'aurais que tâches ménagères par dessus tâches ménagères, couches par dessous couches, biberons par dessus biberons. Un vrai cauchemar!

Alberto me promet d'être un père très présent, de me soulager des tâches le plus qu'il le pourra, et qu'il veillera personnellement sur l'éducation scolaire des enfants. Il est prêt à investir beaucoup pour relever ce maudit défi...

Que ne ferais-je pas pour l'homme que j'aime! J'accepte de le suivre dans son aventure, on verra bien ce que cela donnera... et c'est avec une tendresse infinie qu'Alberto honore notre amour dans notre maison maintenant bien aménagée. En espérant que l'avenir soit aussi lumineux que la douillette de notre lit...

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